Apartheid Universitaire

Auteur

Louis Préfontaine

Éditeur

Louise Courteau éditrice

Date de publication

6 mars 2012

ISBN

9782924024249

Langue

Français

Apartheid Universitaire


Bisac

POLITICAL SCIENCE / Public Policy / Social Policy
EDUCATION / Educational Policy & Reform / General
EDUCATION / Organizations & Institutions

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Biographie de l'auteur

Auteur

Louis Préfontaine

Né en 1980

A grandi à Boucherville

Habite à Laval

Journaliste à l’Aut’journal en 2000-2001 puis 2005 ;

Blogueur politique depuis 2006 ;

A étudié en sciences politiques ;

A travaillé pour la SSJB-Montréal en 2009-2010 (recherche, écriture de discours, etc.) ;

A rédigé un mémoire pour Impératif français dans le cadre des consultations sur la loi 103 (2010) ;

A compilé des statistiques sur l’anglicisation de Laval et de la région métropolitaine ayant été reprises dans les médias.

Description

Avant-propos

La question des universités, au Québec, attire rarement l’attention du public, sauf lorsqu’il s’agit de revoir à la hausse les droits de scolarité requis des étudiants. Pourtant, il est un autre aspect du financement des universités québécoises dont on parle encore moins, et qui n’est pas moins problématique : les énormes disparités du financement public que reçoivent les établissements d’enseignement postsecondaires au Québec, cégeps et universités, suivant qu’ils appartiennent au secteur anglophone ou au secteur francophone. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les universités anglophones du Québec obtenaient récemment plus de 29 % des subventions publiques et décrochaient plus de 35 % des subventions fédérales. Dans une étude aussi bien utile qu’éclairante, Louis Préfontaine brosse un portrait général de la situation, qui va bien delà de la simple comptabilité. Son étude montre comment tout exercice de comparaison entre les établissements postsecondaires au Québec ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ce qu’on entend par « minorité » ou « communauté anglophone ». Même en prenant un critère moins restrictif que celui que propose Louis Préfontaine de cette « communauté », il apparaît que les établissements postsecondaires de la « minorité » anglophone sont largement surfinancés comparativement à son poids démographique réel. L’auteur illustre, tableaux à l’appui, les multiples conséquences de ces déséquilibres, et notamment comment les institutions postsecondaires anglophones contribuent à créer autour d’elles, au-delà de leur campus, une dynamique assimilatoire favorable à la langue anglaise. De plus, l’auteur a le mérite de comparer les établissements postsecondaires dans l’ensemble du Canada et de signaler à notre attention que le financement universitaire par personne pour un francophone est largement en deçà de celui que reçoit un anglophone.

Si, en théorie, pourrait penser que l’État du Québec finance, à même les fonds publics, d’un côté un réseau universitaire pour la majorité nationale d’intégration – pour reprendre l’expression de Louis Préfontaine – et de l’autre, un réseau parallèle pour sa minorité linguistique, dans les faits, on s’aperçoit que le Québec est sans doute l’un des rares États – souverains ou fédérés – qui entretient deux réseaux d’enseignement complets et concurrents, comme si deux majorités nationales d’intégration cohabitaient sur le même territoire. La création de deux mégahôpitaux universitaires à Montréal, qui concourt au surfinancement du réseau universitaire anglophone, viendra entériner ce système de facto de la double majorité. La comparaison internationale qu’établit monsieur Préfontaine révèle en quoi le cas du Québec est une « anomalie », puisque généralement, les minorités linguistiques ailleurs dans le monde jouissent ou bien de droits scolaires inexistants, ou bien d’un système d’éducation limité aux premiers cycles d’enseignement, ou bien d’un système plus complet au bénéfice strict de la minorité. Au Québec, à l’inverse, l’État accepte et finance le fait que les universités de sa « minorité » se soient transformées en universités de la majorité anglophone nord-américaine ainsi que le remarque l’auteur, au lieu de régler le financement public des universités et des cégeps sur un partage des ressources plus équitable et représentatif des équilibres démo-linguistiques. Tant et aussi longtemps que la base du financement public des universités et cégeps reposera sur un système de « marché aux étudiants », la subvention étant fonction du nombre d’étudiants inscrits et diplômés dans un établissement et des disciplines, les déséquilibres constatés par Louis Préfontaine, loin de s’amenuiser, risquent de s’amplifier. En ce sens, en dépit de la création sous Daniel Johnson d’une deuxième université francophone à Montréal en 1969 et de l’adoption de la loi 101 en 1977, l’enseignement supérieur en français est loin encore d’occuper la juste place qu’il pourrait prendre au Québec, d’autant plus que le Québécois francophone, en moyenne, s’instruit encore moins à l’université que le Canadien en général, ou l’Anglo-québécois.

En conclusion, Louis Préfontaire envisage divers scénarios correctifs : appliquer la loi 101 au cégep et au premier cycle universitaire, s’inspirer de la formule « hybride » lettonne qui oblige les établissements de la minorité à consacrer une partie appréciable de leurs enseignements dans la langue de la majorité, rajuster à la baisse le financement octroyé aux universités anglophones, en fonction du poids réel de la « communauté » historique d’expression anglaise. Il y a sans doute d’autres scénarios, que n’envisage pas l’auteur, et qui impliquent la considération d’autres facteurs et contraintes juridiques, financières, institutionnelles, etc. Quoi qu’il en soit, peu importe le sort qu’on fera aux propositions de Louis Préfontaine, il sera inévitable que l’on débatte avec rigueur et sérénité de ces enjeux, s’il est vrai que la défense de la langue et de la culture françaises au Québec ne s’arrêtent pas à la sortie de nos écoles secondaires.

Marc Chevrier

Professeur

Département de science politique

Université du Québec à Montréal